
Les IA génératives ont atteint un plafond de verre technologique, que cette technologie ne peut franchir : toutes les IA génératives (ChatGPT (OpenAI) | Claude (Anthropic) | Copilot (Microsoft) | Gemini (Google) | DeepSeek |
Grok (xAI ) | LLaMA (Meta) | Mistral | Nova (Amazon) | Perplexity | Qwen (Alibaba) | Step-2 (Stepfun) etc.) partagent la même technologie : les LLM opérés par des transformers. Cette technologie n’a rien à voir avec l’intelligence comme le nom ne l’indique pas, elle calcule les probabilités de tokens suivants (syllabes ou pixels) en fonction des précédents. Cela fait des mois que les éditeurs plafonnent : les gains marginaux coûtent de plus en plus chers pour des améliorations de plus en plus faibles. Améliorations qui portent sur des fonctionnalités et non la performance réelle. Entraîner pendant des mois dans des datacenters ultra-optimisés, brûler des milliards en électricité et en puces, tout ça pour gagner des améliorations marginales et quelques points sur un benchmark ? C’est fini.
Et c’était la grande actualité de l’IA en janvier 2026, l’accord signé par Apple avec Google le 12 janvier le confirme : la prochaine génération des modèles de fondation d’Apple (et notamment l’intelligence derrière Siri) reposera sur les modèles Google Gemini et l’infrastructure cloud de Google. Apple paiera à Google 1 milliard de dollars par an pour utiliser une version personnalisée de Gemini dans Siri et plus largement dans « Apple Intelligence ».
Construire des modèles d’IA toujours plus complexes dans l’espoir d’un saut technologique majeur, est une stratégie ruineuse et incertaine. Par exemple, OpenAI prévoit de dépenser115 milliards de dollars d’ici 2029 simplement pour rester compétitif. Apple et Microsoft l’ont compris, en choisissant dans les deux cas de ne pas investir dans le processus d’entraînement d’IA, mais d’utiliser et de distribuer un modèle d’IA déjà existant Attention, ce point n’est pas clair dans l’esprit de beaucoup :
Apple et Microsoft ont en réalité fait le choix stratégique de ne pas participer à une guerre très onéreuse, qui ne rapporte rien : la course aux modèles. Développer des modèles d’IA est tellement coûteux, qu’aucune IA n’est rentable à date. On dit qu’OpenAI sera rentable le premier, à horizon 2030. Apple et Microsoft ont fait le choix de se positionner sur une guerre moins incertaine et moins coûteuse : la distribution. Ont-ils eu tort ou raison ? le temps le dira. Mais ce que la majorité des observateurs prennent pour une capitulation d’Apple et Microsoft, s’avère être une opération très rentable pour Microsoft, et pourrait s’avérer être en réalité le plus grand hold-up stratégique de la décennie pour Apple : un coup de maître à un milliard de dollars.
Deux options stratégiques s’offraient à Apple :
Il faut savoir que développer un modèle d’IA comme Gemini a nécessité que Google investisse quelques 74 milliards de dollars rien qu’en 2025 pour rattraper son retard considérable de début 2025 sur OpenAI. Retard presque comblé fin 2025, mais le combat n’est pas fini : OpenAI prévoit d’investir plus de 100 milliards de dollars à horizon 2029 pour garder son avance. Google devra également investir plus de 100 milliards de dollars dans les prochaines années pour rester dans la course. Auquel il faut ajouter les dizaines de milliards investis par Google chaque année dans l’infrastructure pour construire des data centers, concevoir des puces TPU spécifiques et sécuriser des sources d’énergie nucléaire. Sans parler des risques géopolitiques liés aux pénuries de puces, et les couts de consommation énergétique en croissance perpétuelle qui atteignent déja des niveaux abyssaux.
Finalement Apple n’a fait que laisser Google livrer une bataille sans merci ces marchés onéreux , risqués et complexes, pour se contenter de louer leur modèle d’IA. Ce faisant Apple achète l’intelligence artificielle comme ils achèteraient une simple commodité telle que l’électricité ou le Wi-Fi.
Apple va intégrer le modèle d’IA Gemini directement au cœur du système d’exploitation iOS. Il ne s’agit pas d’une application tierce que l’utilisateur devra télécharger sur l’App Store. C’est une intégration native au système, invisible pour l’utilisateur, mais qui transforme Siri en une application intelligente enrichie par un modèle d’IA. En échange de ce privilège technologique, Apple versera à Google une licence dont le montant est estimé à un milliard de dollars par an.
Un milliard de dollars paraîtra beaucoup au non-initiés, mais c’est un montant dérisoire pour Apple.
Google accepte car cette relation n’est pas déséquilibrée en réalité : Il y a 3 intérêts pour Google à livrer leur technologie à Apple pour les laisser la distribuer.
Apple attaqué juridiquement par Elon Musk avait éliminé Grok, n’avait le choix qu’entre les trois leaders américains : Gemini (Google), Claude (Anthropic) et ChatGPT (OpenAI).
Techniquement ChatGPT reste le meilleur modèle, même si son avance sur Gemini a fondu depuis Gemini 3. Elle est également la plus sécurisée, le trust Center de Google brillant par sa faiblesse. Mais la situation stratégique et financière, d’OpenAI a de quoi inquiéter pour de multiples raisons :
Claude (Anthropic) est un bon modèle, même s’il est moins performant que Gemini et ChatGPT. Mais Anthropic,
Le modèle d’IA de Google cochait toutes les cases.
Par ailleurs sur le critère essentiel de la pérennité à l’heure de signer un partenariat stratégique sur 10 ans, aucun acteur ne pouvait rivaliser avec Google.
Pour les dirigeants d’entreprise du CAC 40, cela signifie que vous devez abandonner l’idée de développer votre propre IA : Si Apple a arrêté de le faire car l’atteinte d’une performance aux standards du marché est trop couteux, il faut avoir le bon sens de reconnaître que votre entreprise n’y parviendra pas. Le vrai combat est de garantir la bonne utilisation par vos salariés, donc de les former. Le sujet stratégique n’est plus (n’aurait jamais du être…) la recherche du meilleur modèle, mais la recherche de la meilleure exploitation.
Cela vaut pour tous les dirigeants de toute entreprise, de 10 salariés à 180 000 pour les plus grosses, en passant par les ETI : la recherche du meilleur modèle est un mauvais combat. Ils se valent tous pour 90% des usages que vont en faire 90% des entreprises. Tout est dans la bonne exploitation de l’IA retenue, peu importe laquelle.
Pour ça il faut former, ne pas laisser des salariés utiliser l’IA alors qu’ils n’ont pas eu d’autre formation que toutes les âneries qui circulent sur le web : attribuer un rôle, faire des prompts courts car l’IA peut réfléchir, la tutoyer car cela est sans impact etc.
Apple n’a pas capitulé par faiblesse. Ils ont compris avant tout le monde que la guerre du meilleur modèle d’IA était un piège. Pendant que Google, Anthropic, Mistral, OpenAI et les autres se ruinent à construire des modèles d’IA, Apple loue une des meilleures pour 1 milliard de dollars et garde tout ce qui compte : Le client, l’expérience, la marge et la profitabilité, et la 20aine de milliards de dollars résiduels que Google leur verse pour distribuer leur moteur de recherche. La distribution bat le produit : utiliser stratégiquement un modèle d’IA conçu par un tiers permet à Apple d’optimiser l’utilisation du système sans se ruiner dans la création d’un modèle propriétaire. Le pragmatisme bat l’ambition. La stratégie de Tim Cook n’a pas le panache de celle de Steve Jobs. Mais elle pourrait être un coup de maître sur le marché de l’IA.